Poésie : Vilain

Titre : Vilain

Poète : Germain Nouveau (1851-1920)

Recueil : Valentines (1885).

J'ai connu, Madame, une Dame,
Moi vilain petit paysan,
Aussi grande de cœur et d'âme
Que... la plus grande et... fine lame
Et... pleine d'esprit... jugez-en.

Un soir, mon âme était complète,
Comme dit, après avoir bu,
Le jeune homme qui fait la fête ;
De vrai, je n'avais plus ma tête,
J'étais totalement fourbu.

J'avais l'esprit un peu morose ;
Je ne sais ce qui traversa
Ma cervelle, pour quelle cause...
« Comment, perdîtes vous... ta rose ?
Oui, Madame, contez-nous ça. »

Ah ! que notre bêtise est grande !
Doux Jésus ! Amour de Sion !
Ma langue à vous se recommande...
Oui... car... pourquoi cette demande,
Ou plutôt... cette question ?...

Comment perdîtes-vous... Ta rose ?
Et j'attendais, me tenant coi.
Alors, tout doucement, sans pose,
Comme on dit, hélas ! quelque chose
En songeant à n'importe quoi.

« Bien simplement. » répondit-elle.
N'est-ce pas céleste et charmant ?
Cette réponse est immortelle.
Je voudrais d'un flot de dentelle
Encadrer ce : Bien simplement !

Germain Nouveau.