Poésie : À M. Le marquis d'Étampes (I)

Titre : À M. Le marquis d'Étampes (I)

Poète : Jacques Delille (1738-1813)

Recueil : Poésies fugitives (1807).

(Qui m'avait envoyé des vers.)

Les Grecs, en courtois chevaliers,
Dans leurs combats, s'il en faut croire
Ce qu'ont dit la fable et l'histoire,
Changeaient entr'eux de boucliers ;
Ainsi de vers, d'estime et de louange,
Nos muses à l'envi font un heureux échange :
Me défendre est bien noble, et vous louer bien doux.
Mais quelle distance entre nous !
Contre la censure rigide,
Lorsqu'en rivaux unis nous élevons la voix,
Mon suffrage pour vous n'est qu'un faible pavois,
Et votre éloge est mon égide ;
De votre jugement je tire vanité ;
Oui, puisque je vous plais je dois blesser l'envie,
Et si Virgile est sûr de l'immortalité,
Tous deux vous m'assurez quelques instants de vie.
Vous êtes mes garants ; car, enfin, c'est beaucoup
D'être inspiré par le génie,
Et d'être guidé par le goût.

Jacques Delille.