Poésie : In initio

Titre : In initio

Poète : Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Liturgies intimes (1892).

Chez mes pays, qui sont rustiques
Dans tel cas simplement pieux,
Voire un peu superstitieux,
Entre autres pratiques antiques,

Sur la tête du paysan,
Rite profond, vaste symbole,
Le prêtre, étendant son étole,
Dit l'évangile de saint Jean :

« Au commencement était le Verbe
Et le Verbe était en Dieu.
Et le verbe était Dieu. »
Ainsi va le texte superbe,

S'épanchant en ondes de claire
Vérité sur l'humaine erreur,
Lavant l'immondice et l'horreur,
Et la luxure et la colère,

Et les sept péchés, et d'un flux
Tout parfumé d'odeurs divines,
Rafraîchissant jusqu'aux racines
L'arbre du bien, sec et perclus,

Et déracinant sous sa force
L'arbre du mal et du malheur
Naguère tout en sève, en fleur,
En fruit, du feuillage à l'écorce.

Jean, le plus grand, après l'autre
Jean, le Baptiste, des grands saints,
Priez pour moi le Sein des seins
Où vous dormiez, étant apôtre !

Ô, comme pour le paysan,
Sur ma tête frivole et folle,
Bon prêtre étendant ton étole,
Dis l'évangile de saint Jean.

Paul Verlaine.